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Enfance
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Marne, Ardennes

Accueils Familiaux de Vacances : des souvenirs qui perdurent à travers le temps

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Ils ont répondu à nos questions pour partager ce que les Accueils Familiaux de Vacances (AFV) ont représenté dans leur vie. Familles d’accueil, bénévoles ou responsables au Secours Catholique, ils racontent les premières rencontres, les étés partagés, les doutes parfois, mais surtout les liens durables qui se sont tissés avec les enfants accueillis. À travers leurs témoignages, se dessine une aventure humaine faite de confiance, de transmission et de rencontres qui continuent, des années plus tard, à laisser une trace profonde.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Cécile :  Je m’appelle Cécile. J’ai participé aux Accueils Familiaux de Vacances il y a environ 30 ans. J’ai accueilli deux enfants chez moi et j’ai également été responsable de l'activité à Châlons-en-Champagne.
Dans ce rôle, j’allais à la rencontre des familles, je rendais visite aux enfants et j’accompagnais les parents, car ce n’était pas toujours simple pour eux. Mon travail consistait aussi à vérifier que les enfants allaient bien, qu’ils n’avaient pas de questions ou de difficultés, et à intervenir en tant que tiers si nécessaire.

Didier : Je m’appelle Didier, j’ai 65 ans et je suis aujourd’hui retraité. Je suis quelqu’un d’assez actif : pour moi, ce qui est essentiel, c’est de rester en lien avec les autres et de vivre des choses concrètes. J’ai notamment des projets musicaux et j’ai créé une association appelée Chante Horizon, dont l’objectif est de réaliser un pèlerinage de Canterbury à Rome. Ce projet vise avant tout à créer du lien social et à lutter contre l’isolement, notamment celui des retraités seuls.
Lorsque nos enfants étaient plus jeunes, nous avons aussi participé aux Accueils Familiaux de Vacances, à une époque où cette pratique était plus répandue. Nous avons d’abord accueilli deux garçons, une expérience qui m’a énormément apporté.

Jacqueline :  Je m’appelle Jacqueline, j’ai 89 ans. Je suis entrée au Secours Catholique il y a 62 ans, à une époque où les Accueils Familiaux de Vacances venaient tout juste d’être mis en place à la délégation de Charleville-Mézières.
Je m’y suis engagée presque immédiatement et j’en ai été responsable pendant près de 40 ans.
Mon rôle consistait à prendre contact avec les familles, à rencontrer les parents, à connaître les enfants et à organiser leur placement dans des familles d’accueil. C’était un travail de lien, de confiance et de responsabilité, que j’ai exercé pendant plusieurs décennies avec beaucoup d’engagement.

Nathalie : Je suis Nathalie, je suis femme d’agriculteur, j’ai 4 enfants et je suis engagée bénévolement auprès de ma commune et de ma paroisse. Je faisais aussi partie des bénévoles qui allaient chercher les enfants dans le Pas-de-Calais, notamment du côté d’Aire-sur-la-Lys. J’accompagnais les enfants dans le car : c’était un vrai échange, un premier moment de lien avant l’arrivée dans les familles.

Renée : Je m’appelle Renée, j’ai 83 ans. J’ai débuté les Accueils Familiaux de Vacances car j’ai toujours aimé les enfants et j’avais conscience que certains n’avaient pas forcément la possibilité de voyager ou de partir en vacances. C’est donc tout naturellement, par charité, que je me suis engagée dans les Accueils Familiaux de Vacances.

Pendant combien de temps avez-vous gardé des enfants ?
Nathalie : J’ai accueilli deux enfants, sur une période de neuf ans. Un premier enfant, Kenny qui n’est venu qu’une fois et ensuite Jennifer qui quant à elle, est revenue chaque année pendant sept ans, de ses 6 ans à ses 13 ans.

Renée : J’ai accueilli des enfants pendant une dizaine d’années, et j’ai d’ailleurs gardé contact avec l’un d’entre eux.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’accueillir des enfants chez vous ?
Cécile :  À l’époque, j’étais en vacances et je pouvais prendre un mois de congé sans solde. J’étais aussi psychologue en crèche, donc très sensible aux besoins des enfants.
Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » L’idée était de permettre à des enfants de vivre autre chose, de découvrir une autre vie familiale, d’autres activités, de changer d’air et tout simplement de se reposer.

Didier : L’initiative est venue d’Agnès, qui avait entendu parler de cette organisation. Il y avait aussi l’envie de suivre l’exemple de mes beaux-parents, qui s’occupaient eux-mêmes d’enfants. Cela nous a naturellement donné envie de nous engager à notre tour.
Agnès : En fait nous connaissions une bénévole Secours Catholique sur notre village (OIRY) qui accueillait déjà un enfant tous les ans dans le cadre des Accueils Familiaux de Vacances. Celle-ci nous a interpellé ainsi que trois autres familles pour former un réseau local de familles accueillantes.

Jacqueline :  Cette envie est née d’un drame familial. Après le décès de notre fille aînée, âgée de 7 ans, nous avons traversé une immense épreuve. Dans son testament, elle avait écrit son dernier souhait : qu’on s’occupe des enfants malheureux et qu’il n’y ait plus jamais d’enfants tristes. Cette phrase est devenue pour nous une ligne de vie, un appel. Accueillir des enfants était une manière de faire vivre ce message et de transformer notre douleur en quelque chose de porteur de sens.

Aviez-vous une expérience avec le Secours Catholique avant ?
Cécile :  Oui. Mon mari était trésorier au Secours Catholique et, de mon côté, j’étais responsable de la Maison À Petits Pas (lieu d'accueil parents-enfants). Mon engagement a toujours été orienté vers les enfants et leur bien-être.

Agnès : Moi oui car j'avais fait un stage au Secours Catholique de Reims durant mes études.

Jacqueline :  Oui, une première expérience, déjà liée à cette période difficile après la perte de notre fille. Le Secours Catholique a été un lieu de soutien et d’engagement, et c’est tout naturellement que nous nous y sommes investis.

Comment se passait l’arrivée d’un enfant à votre domicile ?
Cécile :  Les enfants arrivaient en car. Nous commencions par nous présenter, puis nous leur faisions visiter la maison avant de les installer. Les deux enfants que j’ai accueillis se sont adaptés très rapidement, notamment parce qu’ils avaient le même âge que mes propres enfants. Cela facilite beaucoup l’intégration. Il est cependant essentiel de bien préparer ses propres enfants pour ne pas les bousculer. Je me souviens par exemple d’une jeune fille de 10 ans, très reconnaissante, mais qui a fini par vouloir porter les vêtements de ma fille, ce qui a posé quelques difficultés. Ce sont des situations qu’il faut savoir accompagner avec dialogue et bienveillance.

Didier : Les enfants arrivaient en bus. Il n’y avait pas de grand tapis rouge, l’accueil se faisait très simplement, comme on accueille un ami chez soi. Il n’y avait rien de solennel ou de compliqué, juste une vraie volonté de les mettre à l’aise dès le départ.

Jacqueline :  L’accueil devait se faire dans la plus grande simplicité, comme dans une vraie famille. Il ne s’agissait pas de faire « quelque chose de spécial », mais de permettre à l’enfant de trouver sa place, de se sentir attendu, reconnu et accueilli tel qu’il était.

Nathalie : Pour Jennifer, tout a commencé lorsqu’une bénévole m’a appelée pour me parler d’elle. Elle avait six ans et avait vraiment besoin de vacances. Le premier contact avec la famille s’est d’abord fait par appel téléphonique, puis nous avons continué à parler de nous et de nos familles par courriers et échanges de photos. À la maison, nous avions déjà trois filles. Les enfants accueillis l’étaient comme dans leur propre famille, je les considérais comme mes enfants.

Renée : Très simplement. Je les accueillais comme j’accueille mes neveux ou mes nièces, sans mise en scène particulière. Pendant 21 jours ces enfants étaient accueillis comme les miens.

Comment s’instaurait la relation de confiance avec l’enfant, comment se passaient les premiers jours ?
Nathalie : Les débuts n’étaient pas toujours simples. Jennifer pleurait beaucoup au début : elle était très dépaysée, éloignée de ses parents, de son quartier et de ses repères mais elle s’est rapidement adaptée. Notre relation s’est construite progressivement, grâce au temps partagé, à la vie quotidienne et à l’attention portée à ses besoins.

Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement marqué ?
Cécile :  Ce qui m’a le plus marquée, c’est la reconnaissance des enfants.
Je me souviens notamment d’une petite fille qui s’est émerveillée lorsque nous l’avons emmenée pour la première fois aux trampolines, elle qualifiait chaque journée où elle découvrait quelque chose comme la plus belle de sa vie. Des moments simples, mais très forts.

Didier : Les moments de vacances et de partage restent très forts. Et puis il y avait aussi les espiègleries de John Alexis, qui nous ont beaucoup fait sourire et laissé de beaux souvenirs.
Agnès : John Alexis a le même âge que notre fils aîné à trois jours d'écart et avec lui cela faisait 4 garçons à gérer durant 3 semaines !!! Il fallait quand même accepter le rythme effréné que les 4 enfants nous imposaient au fil des jours !!! Ce fut en même temps une très belle aventure !

Jacqueline :  Oui, profondément. Je pense notamment à Malik. C’était un jeune garçon surdoué, issu d’une famille très violente. Nous l’avons accueilli et accompagné. Aujourd’hui, il est devenu responsable à l’ARS. Il a fondé une famille et a eu des enfants. Cette histoire est pour moi la preuve qu’il n’y a personne de perdu. Même lorsque le départ dans la vie est très difficile, chacun peut se relever et trouver sa place.

Que faisiez-vous avec les enfants pendant leur séjour ?
Cécile :  Nous faisions beaucoup d’activités du quotidien et de plein air : balades à vélo, sorties au gymnase, moments au parc, pique-niques, préparation de gâteaux. Ce sont des moments simples, mais précieux. Les enfants étaient heureux et, d’ailleurs, ils ont souhaité revenir.

Didier : Nous partions souvent en vacances avec eux, notamment à la mer. Pour les enfants, c’était un vrai dépaysement. Rien d’exceptionnel en apparence, mais humainement très fort pour eux comme pour nous. Les journées tournaient beaucoup autour du jeu et des activités partagées : chasses au trésor, kayak, visites, activités ludiques, jeux de cartes. L’essentiel était d’être ensemble, de jouer, de partager des moments simples. Les enfants semblaient heureux et avaient envie de revenir.

Jacqueline :  Les enfants avaient très envie de revenir. Ils tissaient des liens forts, entre eux et avec les familles. Dès le début, il y avait beaucoup d’échanges, y compris autour des différences, notamment religieuses. Le respect et le dialogue faisaient partie intégrante de l’accueil. Ces séjours permettaient aux enfants de vivre autre chose, de respirer, de se sentir considérés et pleinement intégrés à une vie familiale.

Gardez-vous encore contact avec les enfants que vous avez accueillis ?
Cécile :  Oui. Je suis toujours en contact avec le petit garçon, notamment par Internet.
La petite fille aussi donne régulièrement de ses nouvelles.

Agnès : John Alexis a repris contact avec nous il y a un an, après 27 ans sans nouvelles. Il nous a retrouvé grâce aux réseaux sociaux ! Et ce fut de merveilleuses retrouvailles. Depuis il correspond régulièrement. Il est venu plusieurs fois à la maison avec sa petite fille et participe aux fêtes de famille. C’est quelque chose de très fort émotionnellement pour nous deux et nos enfants.

Jacqueline : Oui, je suis restée en contact avec tous les enfants, et même avec certains parents.

Nathalie : Oui, tout à fait. Nous avons repris contact grâce aux réseaux sociaux et nous sommes toujours en lien. Jennifer nous a même invités à son mariage, ce qui a été un moment très fort pour nous.

Qu’est-ce que cette expérience vous a appris humainement ?
Nathalie : Accueillir d’autres enfants m’a surtout appris l’humilité. À ne pas juger, à dépasser les a priori et à faire confiance. Elle m’a aidée à mieux comprendre l’autre, son histoire, son fonctionnement, et à accueillir chacun tel qu’il est.

Renée : Cela m’a apporté beaucoup de joie, j’étais heureuse en ayant simplement des enfants autour de moi, de la vie et du monde dans la maison. Et surtout, j’étais heureuse de pouvoir rendre des enfants heureux.

Que diriez-vous à une personne qui hésite à accueillir un enfant ? Pensez-vous que ce type d’accueil est accessible à beaucoup de familles ?
Nathalie : Il faut avant tout que la famille soit prête et que tout le monde soit d’accord. Cela dépend aussi du fonctionnement de chaque famille : il faut un certain dynamisme et une réelle volonté de s’occuper d’un enfant supplémentaire. Accueillir, c’est accueillir un enfant en plus, avec tout ce que cela implique.

Renée : Je dirais qu’il n’y a pas à hésiter. Il faut accueillir avec le cœur, sans jugement et sans préjugés. C’est quelque chose de profondément humain et accessible à toutes les familles qui sont prêtes à ouvrir leur porte et leur cœur.

S’il fallait résumer cette expérience en un mot ou une phrase, lequel/laquelle choisiriez-vous ?
Nathalie : Ce sont de très bons souvenirs. Et si c’était à refaire, je recommencerais sans hésiter. C’est dommage, surtout pour les enfants, que ce type d’accueil n’existe plus aujourd’hui dans la délégation.

Renée : Je voulais donner du bonheur, et on m’a donné du bonheur. Le peu que j’ai donné m’est revenu, de manière réciproque.

Un dernier mot à ajouter pour la fin ?
Cécile :  Je trouve que le Secours Catholique a un système vraiment bien pensé, avec un accompagnement solide. C’est quelque chose de très précieux. C’est aussi une véritable garantie, à la fois pour les enfants et pour les parents, qui peuvent être rassurés et soulagés.

Jacqueline :  Rien n’est jamais perdu. Il y a toujours un crochet qui vous peut raccrocher si vous chutez, une main tendue, une ouverture possible. Je me souviens par exemple d’une femme que j’ai rencontrée en larmes sur une place : je suis allée la voir, je lui ai parlé, elle s’est confiée auprès de moi sur son parcours difficile, par la suite elle était redevenue souriante et avait repris confiance en elle. Personne n’est jamais définitivement perdu. C’est ce que j’ai le plus aimé dans cet engagement : il y avait toujours du positif, même dans les situations les plus difficiles. Tout le monde peut s’en sortir.

Didier : Ce que j’ai beaucoup aimé au Secours Catholique, c’est la profondeur des projets menés. Il y a une vraie continuité, mais aussi une grande simplicité dans les actions. C’est une association très ouverte, qui accueille tout le monde, quelle que soit sa confession. Nous resterons en contact avec le Secours Catholique, car cette expérience nous a profondément marqués par son esprit d’ouverture et de non-jugement. Merci et bravo au Secours Catholique, ainsi qu’à toutes les personnes qui s’investissent dans l’association.

Auteur et crédits
Maxime BROUILLARD