Délégationde Marne-Ardennes

À Mourmelon-le-Grand

La réussite d’un accompagnement hors du commun

Témoignage

Jacques Goupil, bénévole engagé au Secours Catholique Marne-Ardennes a accompagné Masuda, jeune Afghane, dans son parcours d’intégration, son apprentissage du français, ses démarches administratives. Il suit aujourd’hui, avec fierté, la poursuite de son cursus universitaire, il nous en parle.

La réussite d'un accompagnement hors du commun

publié en février 2021

Après avoir fait carrière et connu plusieurs fonctions dans le service client d’un constructeur informatique, mon activité s’est brutalement interrompue en 2013. J’en ai gardé le goût du contact, la notion du service et l’écoute des autres. Les formations données au cours de ces années, mes interventions dans le milieu scolaire, le soutien apporté à des élèves en centre de formation d’apprentis (CFA), m’ont amené à rejoindre un organisme de formation. Pendant 3 ans, jusqu’à la retraite, je suis intervenu comme formateur pour des bases informatiques, mais surtout comme formateur en français pour des personnes envoyées par l’Office français d’immigration.

En 2014, j’ai accueilli trois jeunes Afghanes, toutes de noir vêtues, la tête baissée, d’une réserve totale. Parmi elles, je fis la connaissance de Masuda. Je n’aurais jamais imaginé que 6 ans plus tard, je continuerais à l’aider dans des circonstances très différentes. Masuda avait un avantage, elle était scolarisée en première année de faculté dans son pays et maitrisait l’anglais tout comme moi. J’ai vite découvert une jeune femme mariée d’à peine 20 ans avec une ouverture d’esprit incroyable et une volonté d’apprendre sans limite. Mais apprendre le français n’est pas suffisant pour s’intégrer dans notre pays, il faut apprendre nos codes et notre culture. Masuda, sans jamais renier aucun de ses acquis en ce domaine, a tout fait pour découvrir les nôtres. Son objectif ? Reprendre ses études. J’étais un peu craintif mais son enthousiasme et sa volonté ont dissipé mes doutes.

Six ans plus tard, me voilà bénévole au Secours Catholique Marne-Ardennes. Masuda est devenue mère de trois enfants, elle a réussi à valider les diplômes de français indispensables à une inscription à l’université. Suite à cela, elle a déménagé à Reims pour se rapprocher des universités en leur fournissant un dossier administratif complet. Malheureusement, un document comportait une erreur et nous avions que 24 heures pour valider le dossier, nous n’avions pas assez de temps, mais Masuda n’a pas renoncé. Elle a renouvelé sa demande malgré les circonstances difficiles à cause de la pandémie de COVID19. Ainsi, elle a fait sa demande de bourse, l’obligeant à quitter pôle emploi.

Pendant toute cette période, j’ai aidé Masuda au mieux, tout en respectant sa culture et ses origines. Alors, vous imaginez ma joie lorsqu’elle m’annonça, fin juin, que son premier choix en faculté de sciences économique à Reims et sa demande de bourse étaient validés !

Que dire à Masuda ! : « Soyez fière de vous ! Votre réussite est une belle récompense pour moi, bénévole, bien au-delà des milles mercis dont vous m’avez gratifiés ! Aujourd’hui, quand vous prenez contact avec moi pour une simple question, j’oublie ma formation scientifique vieille de 40 ans et je me plonge, pour vous, dans « les sciences économiques ». Lorsque vous obtenez une note un peu faible à un seul partiel, vous n’avez qu’une envie : comprendre pourquoi ! »

Bien sûr, Masuda est un bel exemple, elle est "le phare" dont tout bénévole rêve. Quand notre tâche devient lourde, nous pouvons nous dire : « Regarde ce que Masuda a accompli ! ». Nous ne pouvons que continuer à y croire, modestement, en pensant sans doute prétentieusement, que cela vaut le coup.

Jacques Goupil, bénévole de l’équipe de Mourmelon-le-Grand

Je m’appelle Masuda, j’ai 27 ans, je suis mariée et je suis mère de trois enfants (deux filles de 7 et 3 ans et un garçon de 2 ans). Je suis d’origine Afghane.

J’ai obtenu mon BAC général en Afghanistan mais, à cause de la guerre qui est toujours présente là-bas, je n’ai pu pas continuer mes études supérieures dans mon pays. Mon mari travaillait comme interprète à l’armée française et il a dû quitter l’Afghanistan. Heureusement, la France nous a accordé un visa et nous sommes arrivés dans ce pays qui n’est pas le nôtre le 1er aout 2013.

Nous avons habité à Châlons-en-Champagne pendant cinq ans puis nous avons déménagé à Reims il y a maintenant, deux ans et demi.

J’ai pris des cours de français a l’AEFTI (Association pour l’Enseignement et la Formation – Trajectoire Insertion). Mon objectif était de reprendre mes études supérieures à l’université. Pour cela, je devais passer l’examen B2 (le niveau français qui permet de continuer ses études à l’université). Je me sentais découragée par moment et ma famille était mon pilier durant toute cette épreuve de ma vie.

Grâce à mon professeur, Monsieur Jacques Goupil, j’ai passé l’examen de B2 en 2018, et je l‘ai réussi ! Ensuite, l’université Champagne-Ardenne a accepté ma demande d’inscription en première année de licence Economie et Gestion. C’était un rêve pour moi de continuer mes études en France et je suis très contente et fière de moi de l’avoir réalisé.

Ce n’était pas facile pour moi de continuer mes études en ayant mes enfants mais j’essaie de faire du mieux possible, je ne lâcherai jamais rien jusqu’à atteindre mon objectif.

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